L’ASPTT Caen : un club engagé pour son quartier 

Depuis près d’un siècle, l’ASPTT Caen incarne bien plus qu’un simple club sportif. Fondée en 1931, cette association historique, initialement dédiée aux agents des Postes et Télécommunications, a su évoluer au fil des décennies pour devenir un acteur du paysage sportif caennais. Avec une vingtaine d’activités allant des sports traditionnels comme le basket et le volley à des disciplines plus atypiques telles que l’aéronautique ou le Scrabble, l’ASPTT Caen offre un véritable éventail de pratiques pour tous les publics.

Cependant, le club a dû faire face à des défis de taille. A l’échelle de la fédération, le désengagement financier de La Poste et de France Télécom dans les années 2000 a marqué un tournant majeur, impactant directement les clubs locaux qui bénéficiaient jusque-là de soutien, notamment en termes d’emploi. Pour l’ASPTT Caen, cela s’est traduit par la cession d’équipements aux municipalités, une réduction du personnel mis à disposition et une baisse du nombre de licenciés, contraignant le club repenser son modèle. 

Aujourd’hui, avec 13 salariés et environ 1 200 adhérents, le club s’appuie sur trois piliers : renforcer son ancrage dans le quartier Nord-Est de Caen, moderniser son image et mutualiser pour favoriser la convivialité.

LES BONNES PRATIQUES DE L’ASPTT CAEN

Un engagement collectif pour un quartier plus vert et plus mobile

Face à ces bouleversements, l’ASPTT Caen n’a pas seulement su se réinventer sur le plan sportif, mais aussi renforcer son engagement social et environnemental. 

Dans le quartier de La Pierre-Heuzé, à la lisière du siège de l’ASPTT Caen, un projet collectif transforme peu à peu le quotidien des habitants. Baptisé Mon quartier durable, ce projet est né après la crise sanitaire du COVID-19. Sous l’impulsion du CPIE (Centre permanent d’initiatives pour l’environnement), une association spécialisée dans la sensibilisation à l’environnement, le collectif fédère plusieurs structures : la ville de Caen, le centre d’animation, le centre socioculturel CAF et l’ASPTT Caen. Leur ambition ? Améliorer la qualité de vie des habitants grâce à des initiatives écoresponsables. Ensemble, ils mènent des projets axés sur quatre grandes thématiques, parmi lesquelles la mobilité, un axe central pour le club sportif.

Pourquoi s’engager dans ce projet ? 

Si l’ASPTT Caen aurait pu décliner l’invitation à rejoindre Mon quartier durable, le club a choisi d’y prendre part avec conviction. L’engagement du club s’explique notamment par la présence d’un adulte relais au sein de la structure. « Nous sommes deux : moi, en tant que coordinateur, et un adulte relais, financé par l’État, dont la mission est de créer du lien entre les habitants des quartiers et notre club. Quand le collectif s’est monté, il était évident qu’on y participe. On ne pouvait pas ne pas y aller », explique Thibault Allerme, coordinateur administratif de l’ASPTT Caen.

Des initiatives variées au service du développement durable

Dynamisant le quartier, l’ASPTT Caen a pris les rênes du développement de la mobilité douce avec une initiative phare : la création d’une piste de vélo-école, en partenariat avec l’association Vélisol. Désormais, enfants et adultes peuvent s’initier au vélo en toute sécurité grâce à des cours dédiés. En parallèle, le club a œuvré pour l’installation d’arceaux à vélo dans les immeubles du bailleur social, répondant ainsi à un problème majeur : l’absence d’espaces de stockage pour les vélos.

L’engagement de l’ASPTT Caen ne se limite pas à la mobilité. Aux côtés des autres membres du collectif, le club participe activement à d’autres initiatives écologiques : plantation d’arbres fruitiers, création de potagers collectifs et réflexion sur l’installation de ruchers dans le quartier. Ces actions s’inscrivent dans une dynamique globale, où chaque acteur apporte son expertise pour enrichir le projet commun : “Plus on est nombreux, plus on a la possibilité de toucher le public. Chacun a ses spécificités, nous, c’est le sport, mais on essaie de travailler sur la transversalité”, détaille Thibault Allerme.

Si l’essentiel de l’engagement de l’ASPTT se concentre sur Mon quartier durable, le club reste attentif aux bonnes pratiques environnementales dans ses propres événements et auprès de ses licenciés. Des gestes simples, comme la gestion de la consommation d’eau, sont encouragés même si certaines habitudes évoluent de manière inattendue : “Aujourd’hui, de moins en moins de pratiquants se douchent après l’entraînement, ce qui pose aussi un problème d’hygiène”, observe Thibault Allerme.

LES FREINS AUXQUELS FAIT FACE L’ASPTT CAEN

Des obstacles à surmonter

Mais s’engager dans une telle démarche ne va pas sans obstacle. Parmi les freins rencontrés, la question des subventions et du soutien institutionnel reste en suspens. “Personnellement, je ne ressens pas de pression de la collectivité à nous engager sur ces sujets”, confie Thibault Allerme. Si le club bénéficie d’un financement stable, les subventions dédiées aux projets environnementaux restent marginales. “Que l’on mène des actions ou non, cela ne change pas grand-chose au niveau des financements”, a-t-il continué. 

La transition écologique commence certes à être intégrée dans les dispositifs de la ville, mais les fonds disponibles sont principalement destinés à des projets de grande ampleur, souvent complexes à porter seuls pour une association sportive.

Au-delà des subventions locales, l’accompagnement fédéral se fait peu sentir. “On essaie d’agir à notre échelle, mais au niveau fédéral, ça n’avance pas beaucoup”, déplore Thibault Allerme. Les fédérations sportives restent largement axées sur la compétition et consacrent peu de moyens aux initiatives sociales ou environnementales. De fait, le modèle fédéral repose encore sur des formats impliquant de nombreux déplacements, généralement en voiture. “Nous avons deux minibus pour limiter l’impact, mais cela génère tout de même beaucoup de trajets”, souligne-t-il. La question du transport est d’autant plus cruciale que le coût du carburant ne cesse d’augmenter, pesant sur le budget du club.

Pour Thibault Allerme, une réflexion sur l’organisation des compétitions pourrait permettre de réduire ces impacts, notamment en favorisant les tournois sous forme de plateaux plutôt que des rencontres hebdomadaires. Mais les fédérations restent frileuses à l’idée de modifier un système en place depuis des décennies. « On est encore sur un modèle qui date d’avant notre naissance et qui n’a pas vraiment évolué », regrette-t-on au sein du club.

Enfin, l’ASPTT Caen ne possède pas ses propres installations sportives, ce qui limite considérablement ses marges de manœuvre. « Tous nos gymnases et bureaux appartiennent à la ville de Caen », explique notre interlocuteur. Même lorsqu’un projet est lancé, sa gestion reste conditionnée aux décisions municipales.

Quel avenir pour l’engagement de l’ASPTT Caen ?

Si l’ASPTT Caen a su s’impliquer avec conviction dans Mon quartier durable, l’avenir de son engagement environnemental reste une question ouverte. Comme beaucoup d’autres structures associatives, le club doit jongler avec des défis de taille, notamment dans la pérennisation des emplois et la diversification des ressources financières. “Nous avons grandi rapidement ces dernières années, mais aujourd’hui, la priorité est de stabiliser notre activité”, explicite Thibault Allerme.

Le développement durable, bien qu’important, n’apparaît pas encore comme un axe structurant dans le projet associatif du club. “Ce n’est pas qu’on ne veut pas, mais on ne pourra pas, au regard des défis qui nous occupent actuellement”, nous explique-t-il. La dépendance aux licences et aux financements publics limite les marges de manœuvre, et la question des dirigeants vieillissants freine l’émergence de nouvelles dynamiques.

CONCLUSION

Mais alors, le développement durable pourrait-il devenir un levier pour attirer de nouveaux financements et partenaires ? L’idée séduit, mais ne suffit pas. “Aller chercher des fonds, oui, mais encore faut-il que cela corresponde à un projet qui tienne la route et qui soit dans la volonté des dirigeants”, nuance-t-il. Dans un contexte où le monde associatif sportif est en pleine mutation, l’ASPTT Caen devra trouver un équilibre entre engagement sociétal et impératifs économiques. Pour l’instant, le club avance pas à pas, conscient des défis, mais toujours animé par sa volonté d’être un acteur local engagé.

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