À Arras, le RCA Hockey-sur-Gazon s’inscrit dans une longue histoire sportive, mais aussi dans une dynamique de renouveau. Créé en 1928, le club s’apprête à fêter son centenaire dans deux ans, avec l’ambition d’en faire un moment à la fois festif, sportif… et engagé.
Membre du club depuis 1999, Gwenaëlle Veeckman en est aujourd’hui l’une des figures impliquées, en tant que référente de la commission Environnement. Elle accompagne une structure qui a profondément évolué ces dernières années. Longtemps centré sur une pratique adulte, le club connaît aujourd’hui un véritable essor chez les jeunes, avec près de 200 licenciés — un niveau inédit pour le club qui tournait avant autour de 60 à 90 licenciés par saison.
Entre pratique sur gazon synthétique et saison en salle, le hockey rythme l’année sportive arrageoise. Mais au-delà du terrain, le club explore progressivement un autre champ : celui de l’éco-responsabilité de sa pratique sportive.
Au RCA Hockey-sur-Gazon, l’engagement environnemental ne résulte pas d’un virage brutal, ni d’une obligation extérieure. Il s’est construit progressivement et naturellement, porté par la sensibilité de plusieurs membres du bureau.
“J’ai l’impression qu’on a toujours fait des choses, notamment sur le tri des déchets et l’usage systématique de gourdes”, explique Gwenaëlle Veeckman. Sans structuration formelle ni label, le club a d’abord multiplié les initiatives concrètes, guidées par le bon sens et l’envie de bien faire. Et cette démarche se confirme lorsqu’il découvre la charte éco-responsable de la ville d’Arras. “On s’est rendu compte qu’on cochait déjà beaucoup de cases”. Un constat encourageant, qui vient légitimer des pratiques déjà en place et donner envie d’aller plus loin !
Dans un sport où le matériel est coûteux, notamment pour les gardiens, la question de la l’allongement de la durée de vie de l’article de sport s’impose rapidement. Au club, la réparation devient une évidence. “On a régulièrement des gardiens qui s’improvisent couturiers pour réparer leur équipement”, sourit Gwenaëlle Veeckman.
Même logique côté textile. Face à l’accumulation d’équipements peu utilisés, le club tente d’organiser des circuits de réemploi. Des brocantes internes sont mises en place, avec l’ambition de les ouvrir à l’ensemble du Racing Club d’Arras. “On a fait un flop complet”, reconnaît-elle avec humour, sans remettre en cause l’initiative.
Car pour le club, l’expérimentation fait partie intégrante de la démarche. De nouvelles idées émergent, notamment autour de l’organisation d’une braderie via le site internet du club. Un enjeu d’autant plus pertinent chez les jeunes, dont les équipements deviennent rapidement trop petits. “Les parents d’enfants sont les premiers à me dire que oui, leur enfant change de taille trois fois dans l’année tellement il grandit. En plus, c’est du matériel de qualité qui n’est pas abîmé donc qui pourrait être vite réemployé.”. Même constat pour les vêtements oubliés au bord des terrains. Régulièrement collectés, ils témoignent aussi d’un potentiel de réutilisation.
Si le hockey-sur-gazon reste relativement bien implanté dans le nord de la France, les déplacements font partie du quotidien des joueurs, y compris chez les plus jeunes. Entraînements, tournois, compétitions régionales et nationales… Les trajets sont fréquents.
Face à cet enjeu, le club mise avant tout sur le covoiturage. Une solution qui reste plus facile à mettre en œuvre que d’autres alternatives comme le train, jugées trop complexes à organiser. “Donc on essaye au maximum de faire du covoiturage. On a pensé au train mais ça serait trop difficile à mettre en place. Donc on opte pour le covoiturage déjà.
”Au quotidien, l’accessibilité des infrastructures utilisées pour les entraînements constitue toutefois un atout. Le terrain principal, situé à proximité de la gare, permet à certains joueurs de venir en train ou en bus. “On a plusieurs collégiens qui viennent en bus d’eux-mêmes. Ils sortent du collège ou lycée et puis ils viennent en bus ou certains viennent même en train. Arras a une entente avec Vimy, donc les gares de Vimy et d’Arras communiquent facilement.”. Une réalité qui facilite l’adoption de pratiques plus durables, sans contrainte supplémentaire.
À l’approche de son centenaire, Gwenaelle Veeckman a en tête une initiative particulièrement symbolique : la plantation de 100 arbres autour du terrain venteux pour célébrer les 100 ans du club.
“Chaque jeune pourrait aller planter un arbre, ça serait être un projet fédérateur et puis en même temps écolo. Donc ça j’aimerais vraiment que ça fonctionne.” se réjouit-elle.
Implanté dans une zone exposée au vent, le site pourrait ainsi bénéficier de haies végétales jouant un rôle de brise-vent. Une manière d’allier utilité écologique et amélioration des conditions de pratique. Le projet, encore en réflexion avec la collectivité, illustre la volonté du club de s’inscrire dans une démarche durable sur le long terme.
Au RCA Hockey-sur-Gazon, la réussite des actions repose avant tout sur la mobilisation des adhérents, grâce au côté familial du club, qui le suit depuis sa création.
“Comme on a commencé vraiment petit, on a ce côté un peu familial”. L’organisation en groupes, la présence de parents référents et l’utilisation d’outils de communication internes permettent de diffuser facilement les initiatives. Qu’il s’agisse de tri, de covoiturage ou d’actions solidaires, chaque nouveauté fait l’objet d’une communication dédiée. Affiches au club, messages dans les groupes Whatsapp, relais auprès des parents : tout est pensé pour rendre l’information accessible !
Le club développe également des actions à dimension solidaire, comme la collecte de canettes au profit de l’association Knet Partage, qui finance ensuite des fauteuils roulants notamment. “On essaie de donner du sens aux actions, de montrer que ça peut servir à quelque chose de concret.”.Mais au-delà des outils, c’est l’approche qui fait la différence. “Il ne faut pas être trop moralisateur. On essaie de rendre ça ludique, un peu fun.”. Une manière d’encourager l’engagement sans créer de rejet.
Si certaines initiatives rencontrent un succès immédiat, d’autres peinent à mobiliser. Mais pour le club, ces échecs ne sont pas un frein. “Il faut porter le projet, il faut proposer. Des fois, on a des flops, mais ce n’est pas décourageant pour autant.”. Une philosophie assumée, qui privilégie l’action à la perfection.
Cette approche permet d’installer progressivement une culture commune autour des enjeux environnementaux dans le club. Les gestes du quotidien — utiliser une gourde, trier ses déchets, covoiturer — deviennent peu à peu des réflexes.Le fait de pratiquer un sport en équipe fédère encore davantage autour de l’éco-responsabilité. “Quand on voit le copain qui prend sa gourde et qui jette bien, ça incite à faire pareil. Ça me fait rire des fois ! Ils sont dans le club et ils voient que les poubelles sont compartimentées. Ils ont peur de faire une bêtise, mais ils ont la joie de réussir. On voit qu’il y a l’implication. Ils veulent bien faire les choses.” sourit Gwenaëlle Veeckman.
Au RCA Hockey-sur-Gazon, la transition écologique ne se revendique pas à travers un grand plan structuré ou un label, mais à travers une multitude d’actions concrètes, portées par des bénévoles engagés.
À l’approche de souffler sa 100e bougie, le RCA Hockey-sur-Gazon ne se contente pas de célébrer son histoire. Il cherche aussi à écrire son futur, en y intégrant pleinement la dimension écologique. Car, comme le résume Gwenaëlle Veeckman, “chaque geste compte. Pas que les nôtres, c’est sûr, mais nos gestes comptent quand même.” !
