Au cœur de Reims, l’Union Rémoise de Tennis ne parle pas seulement de balles et de coups droits. Dans ce club de centre-ville qui rassemble près de 800 adhérents, le tennis est devenu un levier d’engagement sociétal et environnemental.
À la tête du club depuis un an, Laurent Trentler incarne cette vision. Président après quatre années de vice-présidence et sept ans d’engagement au sein du bureau, il connaît l’Union Rémoise de Tennis de l’intérieur. Kinésithérapeute de profession, il a naturellement orienté son action vers les publics éloignés de la pratique sportive. Une sensibilité renforcée par son rôle de kiné de l’équipe de France de tennis sport adapté, qu’il accompagne depuis cinq à six ans.
Au sein du club, l’engagement ne s’affiche pas comme un slogan : il structure son action quotidienne. Depuis 2018, cette volonté s’est concrétisée à travers un programme au nom volontairement simple, presque évident : “Tennis pour tous”. Pour Laurent Trentler, le sport doit être utilisé comme un outil d’inclusion, de lien social et de santé. Loin d’une approche élitiste ou exclusivement compétitive, le club revendique l’ouverture à tous les publics, en particulier ceux traditionnellement éloignés de la pratique sportive.
Concrètement, cette vision se traduit par une offre large et structurée. L’Union Rémoise de Tennis a développé des programmes dédiés au para-tennis, qu’il soit adapté ou en fauteuil. À cela s’ajoutent des actions autour du tennis santé, pensées pour répondre à des besoins spécifiques et favoriser une pratique bénéfique sur le long terme. Le club s’implique également dans le tennis scolaire, notamment en direction des quartiers, avec l’ambition de faire découvrir la discipline dès le plus jeune âge et de lever les freins à l’accès. “Finalement, tous les publics viennent chez nous”, souligne Laurent Trentler, évoquant une politique volontairement inclusive, où chacun peut trouver sa place.
Le déclic intervient avec le lancement du programme Slice par la Ligue Grand Est. Club déjà identifié comme acteur engagé sur les questions de responsabilité sociétale, l’Union Rémoise de Tennis est rapidement sollicitée. “Pour être très honnête, on a abordé le champ de la RSE par l’axe économique”, reconnaît sans détour Laurent Trentler. À l’origine, une problématique simple et pourtant centrale pour un club de cette taille : la consommation énergétique, et plus particulièrement le coût de l’éclairage.
Plutôt que de dissocier rénovation et développement durable, l’Union Rémoise de Tennis fait le choix d’intégrer pleinement cette dimension à chaque étape du projet. Changement des éclairages, réflexion sur les usages, optimisation des équipements : l’environnement s’invite naturellement dans les décisions, sans jamais perdre de vue les contraintes économiques. “On avait des travaux à faire, autant se poser les bonnes questions au bon moment”, résume le président.
L’énergie a été l’un des premiers leviers d’action. Le club a engagé un vaste chantier de modernisation de son éclairage, avec le passage intégral aux LED, aussi bien sur les courts que dans les parties communes. Des détecteurs de présence ont été installés afin d’éviter les consommations inutiles. Mais l’action la plus structurante reste sans doute le système d’éclairage couplé aux réservations. Sans badge ni réservation, impossible d’allumer la lumière. Et à la fin du créneau, l’éclairage s’éteint automatiquement. “On a pris plein la gueule”, reconnaît Laurent Trentler, évoquant les réactions parfois vives des joueurs restés dans le noir au milieu d’un set.
Sur le volet eau et ressources, plusieurs dispositifs ont été mis en place. Un compteur spécifique permet aujourd’hui de suivre précisément la consommation liée à l’arrosage des courts extérieurs. Des équipements économes ont été installés sur les robinets afin d’éviter les gaspillages, tandis que le chauffage est programmé en fonction des périodes de fréquentation.
La gestion des déchets fait aussi partie des priorités. Sur chaque court, le club a installé de véritables stations de tri, composées de trois conteneurs distincts. Une initiative en grande partie issue de la récupération. Lors des travaux, d’anciens poteaux métalliques soutenant les bâches ont été démontés, découpés et transformés en panneaux de score montés sur roulettes, servant désormais de supports pour le tri. “Ça n’a pas coûté grand-chose, on est sur de la récup”, souligne le président. À cela s’ajoutent des affichages de sensibilisation et l’édition d’une charte à destination des adhérents, pour rappeler les bonnes pratiques. Malgré tout, le club se heurte encore à certains comportements. “À partir du moment où vous passez forcément devant une poubelle, il n’y a aucune excuse”, lâche-t-il, lucide.
Le club est également attentif à la seconde vie du matériel. Les balles de tennis usagées ne finissent presque plus dans les circuits classiques de recyclage. Elles sont récupérées par des clubs de baseball, des refuges pour animaux, des écoles, des établissements médico-sociaux ou encore des maisons de retraite. “Aujourd’hui, on envoie presque plus de balles en seconde vie que vers le dispositif balle jaune de la fédé”, explique le président.
Enfin, le sujet des goodies et équipements n’échappe pas à cette réflexion. Fini les stocks dormants et les productions inutiles : désormais, le club fonctionne sur une production à la commande. “On ne produit plus quelque chose qu’on ne vendra pas”, résume Laurent Trentler, évoquant les cartons de t-shirts restés inutilisés pendant des années. Si le Made in France reste un objectif, les contraintes économiques imposent parfois des arbitrages. “Les gens ne sont pas prêts à mettre 30 euros dans un t-shirt du club”, constate-t-il avec pragmatisme.
Si les équipements peuvent être programmés, les comportements, eux, restent plus difficiles à ajuster. À l’Union Rémoise de Tennis, la mobilisation autour des enjeux environnementaux repose d’abord sur une implication interne structurée. Un bénévole référent travaille étroitement avec Laurent Trentler pour faire vivre la démarche RSE au quotidien. Le bureau, lui aussi, porte ces orientations dans les décisions stratégiques du club. Mais au-delà des instances, l’enjeu principal reste l’adhésion des pratiquants.
Et sur ce point, le constat est sans détour. “Les adhérents, c’est rigolo : soit ils s’en fichent, soit ils sont à fond. Il n’y a pas vraiment de milieu”, observe le président. Une polarisation qui reflète, selon lui, la manière dont la société s’empare, ou non, des questions environnementales. Certains font preuve d’une vigilance extrême, n’hésitant pas à interpeller leurs pairs lorsqu’un comportement leur semble inadapté. D’autres, en revanche, restent hermétiques à toute forme de sensibilisation.
Pour Laurent Trentler, la démarche environnementale ne peut pas être un vernis. Il se souvient d’un échange marquant au début de son engagement : “Quelqu’un m’a dit que le développement durable, c’est souvent la chantilly qu’on met sur la coupe de fraises pour faire joli à la fin. Et que ça devrait plutôt ressembler à une forêt noire : il doit y en avoir à toutes les couches”.
C’est lors des temps forts du club que l’engagement environnemental devient le plus visible. La RSE ne s’interrompt pas lorsque les projecteurs s’allument : elle s’invite pleinement dans l’organisation des compétitions, et notamment lors de l’Open national. Chaque édition est pensée comme un terrain d’expérimentation. Parmi les initiatives marquantes, le club a proposé la Fresque du tennis, une déclinaison spécifique de la Fresque du climat adaptée au contexte sportif.
Mais c’est sans doute sur la question de la mobilité que les arbitrages sont les plus significatifs. Car le président en est conscient : lors d’un événement national, le principal poste d’émissions ne se situe ni dans l’éclairage ni dans la buvette, mais dans les déplacements. “On ne quantifie pas précisément les tonnes de carbone, mais on sait que, comme sur tout événement, c’est le transport des joueurs et des spectateurs qui pèse le plus lourd”, reconnaît-il.
Pour limiter cet impact, plusieurs leviers ont été activés. Les navettes mises en place sont électriques. Mieux encore, certaines ont tout simplement disparu. “Avant, on avait une navette arbitres. Aujourd’hui, il n’y en a plus”, explique Laurent Trentler. La raison ? Un hébergement situé à moins de 150 mètres à pied, répondant aux contraintes financières et logistiques. Du côté des joueurs, le club mise sur l’anticipation et la communication. Les accès en train sont fortement valorisés, avec la mise en place d’une navette entre la gare et le club pour encourager l’abandon de la voiture individuelle.
À l’Union Rémoise de Tennis, l’engagement environnemental n’est plus une promesse, mais une réalité installée. Les dispositifs sont en place, les leviers techniques largement actionnés. Désormais, l’enjeu est moins d’ajouter de nouvelles actions que de faire vivre et respecter l’existant. Laurent Trentler avance avec lucidité, conscient des limites économiques et humaines. Ici, la RSE ne se résume pas à une opération de communication. Elle s’inscrit dans chaque couche du fonctionnement du club, à l’image de cette “forêt noire” qu’il évoque : dense, structurée, imparfaite parfois, mais cohérente.
À l’heure où de nombreux clubs cherchent encore par où commencer, l’Union Rémoise de Tennis a choisi une autre voie : avancer pas à pas, sans effets d’annonce, avec lucidité et cohérence. Car le développement durable ne se mesure pas à la hauteur des discours, mais à la constance des actes.
