Sous les tatamis du Dojo Nantais, c’est toute une histoire du judo français qui s’écrit depuis près de soixante-dix ans. Fondé en 1957 par Charles Hervé, l’un des pionniers de la discipline à Nantes, le club n’a cessé de grandir jusqu’à devenir une référence nationale.
Aujourd’hui classé parmi l’élite, il aligne une équipe féminine et une équipe masculine en première division, tout en revendiquant sa double mission : l’excellence sportive et la transmission de valeurs. Fort de ses 1 324 licenciés, le Dojo Nantais est le deuxième plus grand club de France affilié à la Fédération française de judo, jujitsu, kendo et disciplines associées.
Mais derrière cette vitrine sportive, le Dojo Nantais se confronte à un défi partagé par de nombreux clubs : comment conjuguer les impératifs d’une discipline internationale, qui mène jusqu’au Japon, berceau du judo, avec une démarche écoresponsable ? Entre contraintes logistiques, initiatives locales et engagement bénévole, le club tente de trouver son propre chemin vers un sport plus durable.
L’engagement environnemental du Dojo Nantais n’est pas né d’un grand plan stratégique, mais d’une prise de conscience très simple, presque banale : éviter le gaspillage. « On s’est dit ce n’est pas possible de continuer à utiliser des gobelets en carton pour nos événements. On a investi dans des éco-cups et c’est parti de là », se souvient Alexandra Tailleux, secrétaire générale et bénévole active du club.
De ce déclic est née une série de petits gestes, ensuite formalisés dans une feuille de route écoresponsable mise en ligne sur le site Internet du club. Inspiré par l’exemple d’un dojo alsacien, ce document hiérarchise et rend visibles les engagements du Dojo Nantais. « On n’a rien inventé, on s’est inspiré de ce qui existait déjà. Mais on voulait formaliser nos pratiques, que ce soit clair et lisible, et montrer que l’on faisait notre part », explique Alexandra Tailleux.
Les éco-cups sont vite devenues un symbole : utilisées lors des compétitions, elles restent aussi disponibles en libre-service dans les salles d’entraînement pour les pratiquants sans gourde. « Les enfants s’en servent, les lavent et les reposent. Ce n’est pas grand-chose, mais ça évite les bouteilles en plastique. »
À cela s’ajoute un système d’échanges de matériel via un groupe WhatsApp, où parents et pratiquants se débrouillent entre eux pour donner une seconde vie aux kimonos ou protections. Une forme d’économie circulaire artisanale, fonctionnant du bon sens et de la solidarité entre familles.

Autre point sensible : les transports. Comme dans beaucoup de clubs, les déplacements sont incontournables, mais le Dojo Nantais tente de les optimiser. « Pour les plus petits, on reste sur la métropole, ensuite c’est le département, puis la région. À partir de 13-14 ans, ça peut aller plus loin. Dans ces cas-là, on privilégie la location de minibus plutôt que plusieurs voitures », explique Alexandra Tailleux. Résultat : un ou deux véhicules suffisent là où il en aurait fallu cinq.
Reste que la marge de manœuvre est limitée. Le judo est un sport individuel, pratiqué dans des dojos municipaux où la gestion de l’eau, de l’électricité ou du chauffage échappe aux clubs. « Les lumières s’éteignent toutes seules, les vestiaires sont déjà vétustes… Sur ce plan, nous ne pouvons pas faire grand-chose », reconnaît la secrétaire générale.
Quant aux déplacements internationaux, ils restent incontournables : « Notre base, le judo, c’est au Japon. On ne peut pas ne pas y aller. On nous a déjà fait la réflexion, mais on ne va pas traverser en bateau ».

Conscient que l’écoresponsabilité ne se construit pas seul, le Dojo nantais a voulu s’appuyer sur un acteur déjà engagé dans la transition écologique au sein du secteur sportif. En effet, le club s’est rapproché de l’association SupporTerre, qui accompagne les structures sportives dans leurs démarches durables.
« On les a rencontré lors d’une journée organisée par la région sur les thèmes de l’inclusion, l’égalité, l’écologie et le développement associatif », raconte Alexandra Tailleux. De cette rencontre naît une collaboration concrète : le club adhère à l’association, participe à des formations et intègre un réseau d’échange entre associations sportives. « SupporTerre nous proposait régulièrement des petites formations, de nous accompagner sur certains de nos événements », poursuit-elle.
L’expérience s’avère enrichissante même si certaines propositions se révèlent difficiles à appliquer à la réalité du judo. « Ce sont des dispositifs très adaptés aux sports collectifs, où les clubs gèrent leurs propres infrastructures et événements chaque semaine. Nous, on dépend des dojos municipaux et on a moins de marge d’action ».
Malgré tout, ce partenariat a permis au Dojo nantais d’affiner sa réflexion sur les pratiques durables et de rejoindre un mouvement plus large de sport engagé. « On a pu voir comment d’autres faisaient et adapter à notre échelle », note la bénévole.
Si la collaboration a été mise en pause récemment, ce n’est pas par désintérêt, mais faute de ressources humaines. « On n’est que trois ou quatre à tout gérer. On a dû faire un choix, et pour l’instant, on consacre plus de temps à nos projets sociaux. Mais on espère pouvoir retravailler avec eux quand on aura un peu plus de souffle. »
Si la démarche est engagée, elle se heurte à des contraintes très concrètes. L’alimentation en compétition, par exemple, reste un sujet sensible. Les judokas, soumis à des efforts intenses et courts, ont des besoins énergétiques spécifiques. « On a discuté avec SupporTerre de proposer parfois des repas végétariens, mais pour nos ados, ce n’est pas possible. Ils ont besoin de protéines animales. On peut proposer du sans-porc, mais pas supprimer la viande », explique Alexandra Tailleux.
Même constat pour les collations. Le club aurait aimé réduire les emballages jetables, mais se heurte à la praticité : « Les compotes à boire, c’est une catastrophe en termes de déchets. Mais quand un judoka en consomme dix dans la journée, je ne peux pas fabriquer vingt gourdes maison pour mes deux enfants. »
Avec seulement trois ou quatre bénévoles actifs, le club reconnaît ne pas pouvoir aller beaucoup plus loin pour l’instant. « On doit rester simples. Le tri, le covoiturage, le réemploi de matériel… Ce sont des choses qui fonctionnent bien. Mais on ne peut pas se lancer dans des projets trop lourds », résume Alexandra Tailleux.
Parallèlement, le Dojo Nantais investit beaucoup d’énergie dans ses actions sociales, via les programmes Mille-deux-jours et Mille éducateurs, qui visent à élargir l’accès à la pratique et à l’éducation par le sport.

Sans prétendre révolutionner le sport, le Dojo Nantais illustre une démarche pragmatique : avancer pas à pas, avec les moyens du bord, et sans masquer les contradictions. « On n’a rien inventé. On s’inspire de ce qui existe, on fait ce qu’on peut. Mais on voulait montrer que c’est possible, même à notre échelle », confie la bénévole. Dans un univers où la performance reste souvent la priorité, le club nantais démontre qu’écoresponsabilité et haut niveau ne sont pas incompatibles.
Vous trouverez ci-dessous plusieurs ressources en lien avec l’engagement du Dojo Nantais :