Situé à seulement quelques kilomètres de Mâcon, dans l’Ain, le Golf de la Commanderie s’impose comme un exemple inspirant dans le monde du sport. Porté par la vision d’Olivier Ballufin et sa conjointe Audrey, le site de 37 hectares prouve qu’il est possible d’allier passion du sport et préservation du vivant.
Entre une gestion millimétrée de l’eau, l’arrêt des produits phytosanitaires, une économie circulaire au restaurant et l’obtention du label « Golf pour la biodiversité » niveau Argent, découvrez comment le club façonne un modèle plus vertueux.
Fondé en 1964 par le Rotary Club de Mâcon sur d’anciennes terres maraîchères et un parc arboré, le Golf de la Commanderie a un sol très argileux. Géré sous statut privé depuis le début des années 2000, le site a franchi une nouvelle étape en décembre 2024, lorsqu’Olivier Ballufin, en est devenu propriétaire avec son épouse.
Aujourd’hui, le domaine vit à un rythme soutenu par ses 350 abonnés. On y trouve un parcours 18 trous avec practice, une boutique, une académie junior accueillant 20 à 25 enfants, un restaurant ouvert 7 jours sur 7 et même une activité de caviste située dans l’ancienne ferme du Golf.
Sa plus grande force ? L’arrosage n’a jamais été installé sur les zones principales de jeu ! Il se limite strictement aux greens et aux départs, ce qui représente seulement 0,9 hectare sur les 37 du site. Grâce à cette sobriété, le golf maintient sa consommation annuelle d’eau entre 10 000 et 20 000 m³ maximum.
« Pour la ressource en eau, on a un forage dans la nappe réglementé avec l‘Agence de l’eau. On ne tire ni dans les étangs, ni dans les rivières. La consommation est suivie très régulièrement », explique Olivier Ballufin.

L’équipe du Golf de la Commanderie s’est focalisée sur deux axes majeurs pour mettre en place des pratiques durables : optimiser la ressource en eau et supprimer l’usage des produits phytosanitaires.
Avec des surfaces d’arrosage déjà minimales, le levier principal repose sur l’efficacité technique. L’intégralité du système d’arrosage a été rénovée, automatisée, et fait l’objet d’un suivi très régulier. Le golf s’est également équipé d’une sonde hygrométrique.
« La sonde est un vrai outil de décision pour savoir si on arrose ou pas. Avant, on le faisait au feeling, à l’impression qu’on avait. Ça nous a créé un vrai levier d’économie sur la consommation pour descendre vraiment au seuil minimum »

Si le tournant sans produit phytosanitaire a débuté dès 2011 par conviction écologique et par souci de la santé des salariés, l’aspect économique est également entré en compte.
« Il y a deux points qui nous ont amené à ne pas en utiliser. Le premier, c’était une vraie volonté de notre part et pour nos salariés et pour l’environnement. Le second point, c’est que les produits phytosanitaires, ça coûte très cher. On n’avait pas les finances pour acheter ces produits. On a décidé de faire autrement »
Après la crise du COVID-19, l’équipe a choisi de privilégier davantage le travail mécanique et d’investir massivement dans du matériel d’aération de pointe : aérateur à greens, un appareil à lames vibrantes pour créer des fentes et une autre machine pour aérer les zones de jeu.
Aujourd’hui, l’équipe s’aperçoit que ce travail mécanique réduit considérablement les besoins en traitements par rapport aux structures voisines. Et si certaines maladies cryptogamiques (maladies causées par un champignon) imposent parfois une intervention, la méthode est devenue très précise :
« Avec l’expérience, on connaît les zones où cette maladie démarre dans notre parcours. Donc on les surveille, et quand ça arrive, on les traite en curatif. Ça évite le déploiement sur toutes les autres zones et un traitement massif avec la combinaison au pulvérisateur. Aujourd’hui, on traite au pulvérisateur à main sur ces zones pour limiter le développement. L’année dernière, on a fait zéro traitement phytosanitaire. »
Pour mener à bien ce travail quotidien sur 37 hectares, le golf s’appuie sur une équipe de trois salariés et un apprenti.
Dans cette logique, l’acquisition de robots tondeuses sur 10 hectares l’année dernière a permis de libérer du temps précieux pour que les salariés se concentrent sur les autres tâches d’entretien.
En 2022, le club choisit de structurer sa démarche en candidatant directement au niveau Argent du label « Golf pour la biodiversité« , porté par la Fédération Française de Golf et le Muséum d’Histoire Naturelle. Un inventaire naturaliste complet de la faune, de la flore et des insectes a permis de revoir les habitudes d’entretien.
« On avait un golf très propre sur toutes les zones, où tout était nettoyé, débroussaillé pour plaire visuellement aux clients, pour que rien ne gâche l’œil, entre guillemets. On s’est aperçu que c’était une grosse bêtise et qu’il y avait des zones qui n’étaient pas du tout en jeu pour le golf, qu’on pouvait laisser se développer de manière naturelle. »

Le domaine a multiplié les aménagements simples mais efficaces. Le bois mort et les pierres ne sont plus systématiquement ramassés. Au contraire, ils servent à créer des abris naturels :
« Aujourd’hui, on laisse des tas de bois morts, des tas de pierres et des choses comme ça à différents endroits. On a des nids à hérissons, des nids à chauves-souris, plein de petits aménagements pas forcément très onéreux, mais qui ont changé nos méthodes de travail. Visuellement, c’est plutôt sympa aussi pour nos joueurs. On a des arbres morts aussi qu’on laisse volontairement, qu’on essaie de former pour en faire des petites sculptures plutôt que de les enlever. »
Côté logistique, la gestion des déchets en zone rurale reste complexe. Le golf a donc installé un poulailler pour valoriser ses biodéchets.
« On a des poules qui traitent 60% du poids de notre poubelle. On a réduit de 60% les déchets alimentaires du restaurant ».
Ce cercle vertueux implique même le voisinage qui vient récupérer le surplus de déchets pour ses propres poules.
En cuisine, le restaurant privilégie le circuit court et le local auprès des maraîchers des environs. Enfin, lors des récents travaux d’acquisition, le site a été équipé d’une micro-station d’assainissement écologique et de panneaux photovoltaïques d’une puissance de 32 kW posés sur les toits de la nouvelle salle de restaurant et du practice.
Face aux modifications visuelles du parcours, la direction redoutait la réaction des joueurs. La clé du succès réside dans une communication transparente et ludique. Portées par Audrey Ballufin et l’équipe de l’accueil, des fiches pédagogiques en bois illustrées sur un ton humoristique parsèment désormais le parcours pour expliquer la présence de chaque espèce et l’intérêt des zones préservées.


Le pari est réussi puisque les adhérents se disent aujourd’hui fiers de jouer sur un terrain labellisé.
« Ils en font la promotion autour d’eux parce qu’évidemment, quand on est golfeur, on est souvent la cible des copains qui disent « de toute façon, c’est un sport de bourgeois et c’est un sport de pollueurs qui consomme de l’eau, etc. » Nos adhérents étaient plutôt très fiers de la démarche et de jouer sur un golf labellisé. »
La transition écologique du Golf de La Commanderie s’envisage comme un cheminement en perpétuel évolution. L’obtention du label Argent « Golf pour la biodiversité » n’est qu’une étape, d’autant que cette distinction est remise en jeu tous les trois ans lors d’audits réguliers.
En démontrant qu’il est possible de concilier le plaisir du jeu et le respect de la faune et de la flore locales, le Golf de la Commanderie trace une voie inspirante. Il prouve que le sport de nature peut cesser d’être perçu comme une menace pour son environnement pour en devenir, au contraire, l’un des plus fervents protecteurs. Comme le résume si bien Olivier Buffin : « de toute façon, on est déjà dans la démarche et la dynamique. Tout va s’enchaîner. »
Vous trouverez ci-dessous plusieurs ressources en lien avec l’engagement du Golf de la Commanderie :