À La Roche-sur-Yon, le disque vole, les joueurs se démarquent, s’encouragent et ajustent leur trajectoire au fil du jeu. Depuis 2014, La Roche Fus’Yon Ultimate fait vivre cette dynamique collective et s’est imposé comme l’un des principaux clubs français de sports de disque. La structure réunit aujourd’hui 100 licenciés, dont plus de la moitié ont entre 11 et 20 ans.
Si l’ultimate reste une discipline confidentielle à l’échelle nationale, avec environ 7 000 licenciés au niveau national, La Roche Fus’Yon Ultimate occupe une place de premier plan dans ce paysage. Le club peut notamment s’enorgueillir de compter deux championnes du monde féminines de moins de 20 ans.
Cette proactivité se retrouve aussi dans l’engagement environnemental du club. La Roche Fus’Yon Ultimate est labellisé “Développement durable, le sport s’engage” par le CNOSF, au niveau argent. Une distinction qui ne vient pas couronner une action ponctuelle, mais qui valorise une logique inscrite dans le quotidien de l’association : limiter les déchets, favoriser les mobilités plus durables, sensibiliser les licenciés et faire du développement durable un sujet partagé.
C’est à la buvette du Fus’yon Ultimate que toute la démarche écoresponsable a commencé au sein du club. Dans ce sport, où les compétitions se déroulent en plein air, une certaine culture du respect de l’environnement s’est déjà installée. “On sait qu’on est dehors, on fait attention à l’environnement, on n’est pas dans la surconsommation”, résume Stéphanie Palagonia, co-présidente du club.
Ici, pas question de céder systématiquement aux traditionnelles frites industrielles. La convivialité passe plutôt par le fait maison, les recettes préparées par les bénévoles et l’envie de bien manger. Concrètement, les participants sont invités à venir avec leur propre gourde, leurs couverts et leur contenant, une consigne inscrite noir sur blanc dans les convocations aux compétitions. Si le club propose sa propre vaisselle réutilisable en dernier recours, celle-ci fonctionne avec un système de consigne. Résultat : moins de déchets et moins de plastique à usage unique.

Dans les assiettes aussi, la démarche se veut à la fois responsable et inclusive. À la buvette, les tomates, les concombres et les autres ingrédients sont découpés sur place, puis chacun compose sa salade selon ses goûts et ses besoins. Une manière de faciliter les alternatives végétaliennes, mais aussi de mieux prendre en compte les allergies.
Même logique pour les croque-monsieur : à côté de l’incontournable jambon-fromage, la version pesto-chèvre a trouvé son public. Les bénévoles n’hésitent pas non plus à sortir des sentiers battus, en intégrant des légumes de saison moins habituels dans les salades. “On aime bien faire à manger et on aime bien manger”, glisse Stéphanie Palagonia. Le fil conducteur est simple : proposer des produits que l’équipe aurait elle-même envie de retrouver dans son assiette.

Cette exigence ne se fait toutefois pas au détriment de l’accessibilité. La buvette doit rester abordable pour les sportifs comme pour les familles : pour cinq euros, un enfant peut s’offrir une salade, une boisson et un fruit. L’objectif n’est pas de faire du bénéfice à tout prix, mais de couvrir les frais tout en régalant les participants.
Au niveau de l’équipement, La Roche Fus’yon Ultimate a choisi de miser sur des maillots conçus dans une matière recyclée, auprès d’une entreprise spécialisée dans l’ultimate, basée à Bordeaux. Un équipement un plus coûteux à l’achat, mais pensé pour durer. Pas question de renouveler les tenues à chaque saison ni de changer de logo au gré des tendances. Les maillots sont nominatifs, avec ne nom du joueur dans le dos, et chacun conserve son jeu tant qu’il est encore à sa taille. “On avait décidé de faire des maillots qui étaient un peu plus chers, mais qui étaient en matière recyclée”, explique Stéphanie Palagonia.
Et lorsque les enfants grandissent, leurs équipements ne finissent pas au fond d’un placard. En début d’année, le club organise une petite recyclerie sportive : chacun rapporte les maillots, les crampons et les affaires devenus trop petits. Le matériel est ensuite redistribué aux nouveaux adhérents ou aux joueurs qui en ont besoin. Une seconde vie qui permet de limiter les achats, mais aussi de lever certains freins financiers. Car s’équiper peut représenter un budget conséquent pour les familles. Les maillots, même ceux nominatifs, peuvent ainsi servir à l’entraînement.

La chasse au gaspillage se poursuit jusque sur les bords des terrains, où les compétitions laissent inévitablement derrière elles quelques oublis : une gourde, un sweat, un frisbee… Pour éviter que ces objets ne soient abandonnés, le club a instauré son propre Lost and Found, autrement dit un espace dédié aux objets trouvés. À la fin de chaque journée, les bénévoles ramassent les affaires oubliées et les regroupent dans un carton. Dès le dimanche matin, celui-ci est ressorti à la buvette : les étourdis peuvent venir récupérer leurs biens avant la fin du week-end. Et pour les objets qui n’ont toujours pas retrouvé leur propriétaire après la compétition, le principe évolue : ils sont conservés quelque temps, puis mis à disposition lors de l’événement suivant. “Il vaut mieux que ça serve plutôt que ça reste dans un placard”, résume Stéphanie Palagonia.
Au départ, la question des déplacements se pose surtout en termes d’organisation. Avec l’arrivée de nombreux jeunes au sein de La Roche Fus’Yon Ultimate, les parents doivent assurer les trajets jusqu’au stade. Le covoiturage s’organise alors naturellement. Mais les allers-retours répétés finissent par peser sur le quotidien des familles. Une autre solution commence alors à émerger : le covélo.
L’idée est née d’un simple constat. Une piste cyclable relie le centre-ville au stade, mais laisser un jeune de 13 ans effectuer seul le trajet peut inquiéter ses parents. “Au début, on était trois ou quatre familles du centre-ville. Un adulte accompagnait les enfants, puis on s’est dit : C’est bon, vous connaissez le chemin, vous faites attention”, raconte Stéphanie Palagonia, co-présidente du club. Au fil des semaines, les jeunes prennent leurs repères et gagnent en autonomie. Aujourd’hui, les groupes se forment de manière autonome et les adolescents organisent eux-mêmes leurs trajets. “Il y a toute une horde de petits vélos qui arrivent”, sourit-elle.
Désormais, l’enjeu pour La Roche Fus’yon Ultimate est de transmettre ces habitudes aux nouveaux venus. Car si apporter sa gourde et ses couverts est devenu un réflexe pour les membres historiques, ce n’est pas forcément une évidence pour ceux qui découvrent l’ultimate. “C’est dans notre culture, mais les gens qui arrivent d’ailleurs n’ont pas forcément cette culture-là”, constate la co-présidente du club. Pour accompagner ce changement, le club envisage d’offrir aux nouveaux adhérents un kit pique-nique réutilisable, avec couteau et fourchette. Un petit équipement pour ancrer les bons réflexes dès les premiers entraînements, qui nécessitera toutefois de trouver une subvention ou un partenaire pour en financer l’achat.
Autre chantier dans les cartons : la sécurité des déplacements, particulièrement à l’approche de l’hiver. Lorsque les entraînements se terminent tard, certains joueurs repartent sans éclairage, au risque de se rendre moins visibles sur la route. Le club souhaite donc se rapprocher de la Prévention routière pour étudier la possibilité de récupérer des lampes ou des équipements réfléchissants à distribuer aux jeunes comme aux adultes.